Il est des regards qui apaisent, des voix qui résonnent au plus profond de nous, des gestes artistiques
qui transforment notre rapport au monde et à la santé mentale.
Annie-Claude Roberge est de celles et ceux qui filment, certes, pour expliquer, mais surtout pour relier.
Depuis plus de 25 ans, cette cinéaste et photographe d’aventure sillonne la planète à la recherche de ce qui soigne : les liens, les mémoires, les récits.
Fondatrice de la maison de production Sekoya, elle compose des œuvres fortes et douces à la fois,
où la bienveillance devient un fil narratif. À travers ses documentaires, elle fait émerger les voix trop souvent oubliées, avec une justesse rare.
À l’ère où la santé mentale et le bien-être collectif sont au cœur de nos préoccupations,
sa démarche résonne très fort. Parce qu’elle filme le monde comme on écoute un ami.
Et c’est peut-être là, la plus grande aventure : celle de l’humain.
Filmer, pour Annie-Claude Roberge, c’est offrir. Offrir du temps,
de la présence, de l’écoute. Dans ses œuvres, la caméra n’impose rien.
Elle s’accorde au rythme de l’autre, tisse des ponts, suscite la confiance.
« Pour prendre les meilleures images, il faut savoir donner », dit-elle. Cette posture d’humilité transforme la pratique documentaire en acte de soin. Elle apaise, ouvre un espace de reconnaissance, de réciprocité.
En cela, son travail rejoint certaines approches en relation d’aide et en bien-être psychologique fondées sur l’écoute active et la reconnaissance de la subjectivité de l’autre.
Le documentaire devient, sous sa lentille, un outil de réparation et de transformation intérieure. Dans la série Arvitarniit, elle met en lumière la réalité des jeunes étudiant·e·s inuit du Nunavik. Sans misérabilisme. Avec tendresse et dignité.
Ces portraits touchants, ancrés dans la culture et les défis du Grand Nord, offrent un espace d’expression à une jeunesse qui peut se retrouver invisibilisée par notre société. Ils participent à la restauration d’une mémoire collective, vitale pour la construction identitaire
et le mieux-être psychologique.
Retrouver ses racines, c’est aussi se réconcilier avec soi. Et cette mémoire, partagée à travers le médium filmique, agit comme un miroir collectif. Elle invite à l’empathie, au lien, à la reconnaissance mutuelle.
Couverture de la série de courts métrage Arvitarniit d’Annie-Claude Roberge
Dans notre société obsédé par la performance et la vitesse, le choix d’Annie-Claude de filmer dans des territoires reculés, au rythme des éléments, relève d’une forme de résistance. Là où règnent la lenteur,
le silence, la contemplation, elle trouve un terreau fertile pour laisser émerger l’essentiel.
Ces espaces intérieurs, si proches de ceux que l’on cultive en relation d’aide, permettent à l’être de se déposer. Le recul du tumulte,
la présence à l’instant, deviennent des vecteurs de transformation.
Son approche réhabilite la solitude comme ressource, le silence comme dialogue, la lenteur comme sagesse.
Capture d’une rivière sinueuse extraite du court métrage
L’aventure à pied d’Annie-Claude Roberge
Annie-Claude Roberge a noué des liens profonds avec plusieurs communautés autochtones et montagnardes. Elle ne se contente pas de filmer : elle écoute, apprend, se laisse transformer. Ces peuples, porteurs d’une spiritualité et d’un rapport au vivant profondément ancrés, lui offrent des leçons d’humilité et de résilience.
Sa nouvelle série documentaire Peuple des sommets, en collaboration avec l’explorateur Guillaume Duranceau-Thibert, illustre ce travail
de transmission. Diffusée sur TV5, elle met en lumière les peuples montagnards du monde entier, porteurs de savoirs essentiels
à notre époque en quête de sens.
Couverture de la série documentaire Peuple des sommets, avec l’explorateur Guillaume Duranceau-Thibert, réalisée par Annie-Claude Roberge
En redonnant la parole aux communautés oubliées, en filmant
avec délicatesse et engagement, Annie-Claude Roberge fait œuvre
de médiation et de soin. Elle crée des espaces de narration collective
où chacun peut se reconnaître, se sentir moins seul, mieux compris.
Cette démarche rejoint les fondements de nos valeurs : créer
un espace de sécurité, favoriser la résonance, encourager la parole.
Son art fait du bien. Il ouvre à l’autre, répare des fragments, relie
ce qui semblait séparé.
Capture d’une rivière gelée extraite du court métrage
L’aventure à pied d’Annie-Claude Roberge
Annie-Claude Roberge filme comme on aime. Avec respect, avec temps, avec cœur.
Son regard nous rappelle que prendre soin, c’est aussi rendre visible.
Que l’image peut être un chemin vers l’autre, vers soi,
vers un collectif apaisé.
À l’heure où la santé mentale devient une priorité collective, son travail nous invite à revoir nos manières d’écouter, de raconter, de tisser du lien. L’aventure humaine est à la fois intime et universelle.
Et grâce à elle, elle devient profondément soignante et inspirante.